On peut sortir Xavier Lacouture de Tadoussac, mais on ne peut certainement pas sortir Tadoussac de Xavier Lacouture. Alors que les dernières heures de son ultime participation à titre de mentor des Chemins d’écriture s’égrènent, le gentilhomme a peine à croire que déjà 23 ans se sont écoulés depuis sa première présence au festival…
« Je n’ai jamais pensé que ça durerait tout ce temps-là », glisse-t-il, alors que ses « pupilles » viennent de conclure l’une de leurs énergiques performances à l’église anglicane. Durant tout le spectacle, où chacun a présenté deux chansons et honoré les mots d’un compagnon, Xavier Lacouture a filmé, pris des photos, été ému, comme un père devant le spectacle scolaire de ses enfants…

Arrivé un peu par hasard dans ce petit bled tranquille au coin Saguenay–Saint-Laurent, Xavier Lacouture n’a plus jamais coupé les ponts.
« Charles Breton et Catherine Marck, à l’époque, sentaient qu’il n’y avait plus de place pour la relève dans le festival qui était en train de prendre de l’ampleur. Ils se sont dit que ce serait bien de trouver un système pour que la relève “apparaisse”. Ils ont essayé d’imaginer quelque chose qui soit comme un atelier et avec des spectacles. Et ils m’ont proposé de faire un atelier d’écriture. »
Ce qui devait être un banc d’essai est devenu une confortable chaise où le grand gaillard s’installe chaque année depuis 23 étés. « Avant de venir ici, c’est un boulot que je faisais pour moi. Ma première expérience pour les autres, c’est ici ! »
En 23 ans, des centaines de jeunes ont côtoyé de près M. Lacouture, mais se sont surtout découverts eux-mêmes dans le processus…

C’est le cas, cette année, de Juliette Décarie, chanteuse, claviériste et parolière du groupe indie montréalais Superchérie, qui a été invitée à la suite de la participation du groupe à Ma première Place des arts. L’expérience des Chemins d’écriture l’a profondément marquée.
“ C’est incroyable. On est vraiment dans un cocon, les 8, 9 avec Xavier. Tu développes un lien vraiment spécial avec tout le monde… On est juste assis devant l’eau, dans un environnement tellement calme. C’est spécial qu’on vive tous la même chose ! On se retrouve là-dedans et on a envie de le partager. Ça nous aide, c’est presque thérapeutique ! “
Il y a en effet un peu beaucoup d’outils thérapeutiques dans la trousse du passeur qui a même pigé du côté des neurosciences pour développer ses formations.
“ Il y a toujours une retenue chez chacun qui n’ose pas se livrer, mais si on réussit à ce qu’ils comprennent qu’ici, ils peuvent échanger, sans être jugés, et ben d’un coup ils commencent à parler et ils ont envie de ça. Voilà. Et ils disent des choses qu’ils ne disent jamais nulle part… même pas à leurs proches ! “
Pour Juliette, cette approche a fait mouche.
“ Il s’est inspiré des techniques de thérapie dans d’autres contextes que la musique et il a appliqué ça au niveau de la musique et de l’écriture. Et ça marche, c’est incroyable ! “, relate-t-elle. La jeune femme émerge de l’expérience avec 9 poèmes et des dizaines de petites bribes qui pourraient, éventuellement, devenir des morceaux de chansons de Superchérie. Le groupe enregistre d’ailleurs son premier album.
“ De belles personnes ”
À l’instar des Violett Pi, Klo Pelgag, Philippe Brach, Lisa Leblanc et autres Sœurs Boulay, de ce bord-ci de l’océan et
de l’autre, Juliette Décarie transporte désormais dans son bagage de créatrice le legs Lacouture.
« Ils m’ont tous étonné », lance Xavier Lacouture, à l’évocation de ses « poulains », un terme qu’il n’oserait pas utiliser.
« On a vraiment eu de belles personnes… Et il y a aussi de belles personnes qui n’ont pas, entre guillemets, percé. Mais qui avaient un talent fou ! Après, c’est un autre truc, le succès. Dans ce métier-là, il y a une part de chance… »
Quoi qu’il en soit, Xavier Lacouture a autant de reconnaissance envers les jeunes artistes qu’il a côtoyés qu’eux envers lui.
« C’est toujours un plaisir de voir des gens affiner leur écriture, comprendre des trucs, élargir leur éventail de méthodes de création, parce que souvent, un auteur, il a sa méthode. Il a son ornière… »
Plusieurs, au fil des ans, l’ont remercié de leur avoir donné confiance en eux.
Il y a un artiste-là qui m’a dit, « moi, je suis quelqu’un qui, socialement, a beaucoup de mal. C’est la première fois où, d’un seul coup, je me suis senti libre dans un atelier. J’étais libre, j’ai pu être moi-même. Et je ne laisserai plus jamais personne me juger »… C’est touchant… «
L’émotion sera sans doute vive quand cette édition se conclura, mais Xavier Lacouture n’aura aucun regret.
» Moi, j’ai rencontré à des moments dans ma vie des gens qui ont été des lumières. Tout le monde rencontre ça. Si je peux être une petite lueur, à un moment, sur la route… «
Aucun doute possible, Xavier Lacouture est un allumeur de réverbères. De ceux qui ne s’éteignent pas.

Le festival a rendu un hommage à M. Lacouture lors du lancement de l’événement jeudi dernier.
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