Plongée dans les eaux vives au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul
Détail de « The River Flow », 2025 275 x 102 cm. Fils de plastique et de coton tissés, perles de verre recyclées, fils de plastique Crédit photo : *Fait partie de l’exposition Rivière de perles — Ari Bayuaji Photo courtoisie
Ari Bayuaji et Eveline Boulva appréhendent, chacun à sa façon, la mer, ses côtes, les aléas qui les menacent. Les deux artistes sont réunis jusqu’en novembre entre les murs du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul.
Avec Rivière de perles, l’artiste d’origine indonésienne Ari Bayuaji présente sa première exposition solo au Canada.
L’artiste invite à s’immerger dans une œuvre surprenante où tissage, sculpture et récupération de filets de pêche et de matériaux divers récoltés sur les rives, ses « perles », s’entremêlent pour créer des installations immersives…
À noter, les premières « perles » de l’artiste originaire d’Indonésie ont été recueillies ici, à Baie-Saint-Paul, lors de sa participation au Symposium international d’art contemporain en 2018.
La commissaire de l’exposition, Sylvie Lacerte, s’est liée d’amitié avec lui alors qu’il participait, justement, au symposium dont elle assurait alors la direction artistique.
« C’est l’idée de Gabrielle de me proposer le commissariat de sa première exposition solo au Canada. Ari et moi avons développé des liens assez fort après sa présence au Symposium et quand il est parti en Asie, on était toujours en communication. On savait depuis longtemps qu’on voulait faire une expo ensemble. Quand Gabriel m’a offert ça, je n’en revenais pas. J’ai dit “tu as lu dans mes pensées !” »
« Je savais qu’ils se connaissaient, qu’ils avaient collaboré au Musée des Beaux-arts de Montréal. Je pensais à Ari Bayuaji et souvent, je prends les commissariats, mais je ne peux pas tous les prendre », explique Mme Bouchard avec un regard complice vers Mme Lacerte.
Fortement inspiré par les enjeux environnementaux, le travail d’Ari Bayuaji invite en effet à la réflexion.
« Il a un atelier en Indonésie avec plusieurs personnes qui font la cueillette des filets rejetés par les marées, qui les tissent pour créer des oeuvres absolument fantastiques, fabuleuses, féériques. Quand il était au Symposium en 2018, il s’est mis à écumer les plages pour ramasser des petits coquillages, des petites roches, des cailloux, qu’il a commencé à intégrer dans son travail. Ce qu’on va voir ici sera très coloré, très immersif », se réjouit la commissaire à la feuille de route impressionnante.
Une exposition de photos prises par l’artiste complètera la proposition.
En parallèle, Gabrielle Bouchard a pensé « ramener » une autre ex-participante du Symposium, Eveline Boulva. « “J’aime beaucoup réfléchir à des thématiques globales », explique Mme Bouchard qui commissarie cette seconde exposition. « Ce sont deux expositions qui viennent explorer les paysages côtiers, mais de deux différentes manières. »
L’exposition Ressacs réunit un florilège d’œuvres de Mme Boulva qui fut de la cohorte 2016 du Symposium.
« C’est une artiste qui s’intéresse au côté éphémère des paysages et elle essaie de les figer dans le temps au travers de son art », explique Gabrielle Bouchard.
Grâce à son travail fin, minutieux, l’artiste présente des paysages en mutation, fragiles ou menacés, abordant elle aussi des thématiques propres aux bouleversements environnementaux.

Une série de « portraits » d’icebergs risque de faire mouche auprès du public.
« Elle est allée faire un voyage en 2018, 2019. Elle ne savait pas comment capter l’éphémérité de ces masses-là et elle s’est mise à les dessiner avec de l’encre photosensible. Donc, au fur et à mesure de l’installation, de la présentation des oeuvres, les icebergs disparaissent, comme ils disparaissent tranquillement dans l’océan. On a réussi à retracer quelques oeuvres qui n’étaient pas disparues », se réjouit la commissaire et directrice du musée.

La troisième exposition de la saison, collective celle-là, s’intitule Trame et réunit une sélection d’œuvres textiles issues de la collection du Musée signées Micheline Beauchemin, Agathe Collard, Mariette Rousseau-Vermette, Carole Simard Laflamme et Shin Young-Ok. Trame crée un dialogue entre les pratiques historiques et contemporaines, se posant à l’intersection de la tradition et de l’expérimentation.

Les expositions débutent le 20 juin.
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