Un pêche scientifique au bar rayé dans le Saguenay
Un total de 100 bars rayés pourront être pêchés cette saison dans le fjord du Saguenay. Photo Contact Nature
Les pêcheurs qui veulent tester leur matériel, perfectionner leurs tactiques de pêche ou simplement faire une sortie de plaisance pourront s’inscrire à un tirage de pêche scientifique au bar rayé dans le Saguenay jusqu’à l’automne.
Et en plus, ils pourront donner un petit coup de pouce à la science à travers tout ça.
Car c’est tout un projet de pêche qui s’amorce à cinq endroits dans le fjord du Saguenay jusqu’au dernier tirage du 21 septembre, afin de mieux comprendre les populations de bars rayés et leur génétique. Un des endroits est situé à Tadoussac.
Les pêcheurs devront suivre une formation avec les chefs d’équipes et devront s’inscrire sur le site web de Contact Nature pour la zone souhaitée.
Le projet est organisé avec l’aide de Pêches et Océans Canada (MPO), le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), et l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
L’organisme Contact Nature de La Baie avait fait la demande en 2025 et les permis ont pu être obtenus pour cette saison.
« Au début, on en voulait 100 pour le Saguenay et 100 autres spécifiquement pour les embouchures de rivières à saumon. Ils ont mis le total à 100, puisque c’est une espèce en péril et ils voulaient limiter la mortalité », raconte Marc-André Galbrand, directeur général de Contact Nature.
Le but du projet est de comprendre leur comportement migratoire et de faire des liens entre les populations de la Miramichi au Nouveau-Brunswick et celles du fleuve Saint-Laurent.
« Historiquement, il n’y a jamais eu de bars rayés dans le Saguenay. On voit qu’il y en a de plus en plus répartis partout sur le Saguenay et qui arrivent de plus en plus hâtivement et en plus grand nombre », révèle Marc-André Galbrand.
Comportements incompris
Contrairement aux saumons et aux truites, les bars rayés et leurs comportements dans le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay restent passablement incompris.
« C’est assez nébuleux », en convient M. Galbrand.
Ce dernier parle d’opérations de télémétrie du MELCCFP qui captent quelques données avec des émetteurs placés sur certains individus, mais grosso modo les connaissances restent « assez limitées ».
« Ce qu’ils savent, c’est qu’il y a des bars rayés qui sont nés dans le Miramichi et dans le fleuve Saint-Laurent qui fréquentent le Saguenay », avance le directeur général.
Ces comportements migratoires suggèrent plus de questions que de réponses, notamment en raison du changement de température des eaux que fréquente le bar rayé.
« Il y en a peut-être qui passe l’hiver dans le Saguenay et on estime qu’il y a des chances que certains tentent de se reproduire dans le Saguenay », affirme M. Galbrand.
« Ce sont des éléments qu’on va être capable de démontrer ou d’infirmer avec ce projet-là », ajoute-t-il.

Analyse des otolithes
La manière de visualiser la présence du bar rayé dans certains écosystèmes est assez ingénieuse. Il s’agit de l’otolithe, une partie de l’oreille interne des poissons qui seront capturés. Tel un arbre, la science pourra déterminer les endroits où il a passé du temps à partir des cernes laissés par la croissance.
La matière qui compose ces cernes est identifiable par des paramètres biochimiques propres à chaque endroit, comme la Miramichi ou le fleuve Saint-Laurent qui diffèrent entre eux.
« On est capable de voir où il est né, où il a passé quelques années de sa vie et de voir ses déplacements à travers le temps », mentionne le directeur général.
Une fois les échantillons récoltés et analysés en fin d’année, un rapport sur les patrons de migrations sera élaboré.
« Finalement, on va déposer le tout au MPO avec des recommandations. Ils sont des législateurs, et ce sont eux qui vont décider ce qu’ils font avec ça », dit M. Galbrand.
Vers une pêche sportive ?
Réponse courte : pas tout de suite.
Marc-André Galbrand fait état d’un processus qui prend du retard depuis quelques années du côté du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).
« Ça va dépendre du rapport du COSEPAC, qui devait sortir en 2023 et qui est repoussé depuis », mentionne-t-il.
« Le comité va faire des recommandations et le fédéral va statuer le niveau de protection de l’espèce. Ensuite, la nature des pêches pourra être mise à jour ou non », ajoute M. Galbrand.
Ce dernier n’exclut pas qu’un semblable exercice puisse être reconduit dans le futur pour mieux comprendre le bar rayé dans le Saguenay.
« S’il y a une très grande variabilité, ça peut faire en sorte qu’on ait à justifier un autre exercice plus élargi. Par contre, s’il y a une tendance claire qui ressort des patrons migratoires, les conclusions pourraient être assez probantes », termine Marc-André Galbrand.
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