Les constats dressés par deux enquêteurs mandatés par le Bureau du Commissaire aux travailleurs de la Commission de l’assurance-emploi du Canada (CAEC) rejoignent les revendications défendues depuis plusieurs années par Action-Chômage Côte-Nord concernant les travailleurs saisonniers des régions éloignées.
Déposé à la fin d’avril, le rapport fait suite à une enquête menée au printemps dans trois territoires où l’économie repose largement sur des activités saisonnières : la Haute-Côte-Nord, la Pointe de la Gaspésie et la Péninsule acadienne.
Les enquêteurs avaient pour mandat d’évaluer l’évolution du programme d’assurance-emploi depuis 2016 dans les communautés rurales et de formuler des recommandations.
Selon Action-Chômage Côte-Nord, les conclusions du rapport reprennent « presque mot pour mot » les arguments que l’organisme présente depuis plusieurs années auprès des instances fédérales.
Le rapport conclut d’abord que les critères d’admissibilité et les prestations d’assurance-emploi ne correspondent plus aux réalités du marché du travail dans les régions où les emplois sont fortement tributaires des saisons.
Les enquêteurs soulignent notamment que plusieurs travailleurs voient leurs heures de travail diminuer ou disparaître en raison de facteurs économiques ou climatiques, comme les feux de forêt, la baisse des quotas de production ou l’affaiblissement des ressources naturelles.
Cette situation augmente le risque de vivre un « trou noir » entre deux saisons de travail, réduit les prestations ou compromet même l’accès au programme.
L’enquête révèle également que cette incertitude affecte autant les travailleurs que les employeurs. Plusieurs salariés interrogés disent ressentir un stress financier grandissant et envisager un changement de carrière ou un départ de leur région.
Les employeurs, de leur côté, craignent de perdre une main-d’œuvre expérimentée et réclament un régime plus stable afin de maintenir le lien d’emploi d’une saison à l’autre.
Les enquêteurs estiment enfin que des critères d’admissibilité trop élevés risquent de fragiliser le développement économique régional plutôt que d’encourager les travailleurs à demeurer actifs sur le marché du travail.
Vingt recommandations
Le rapport formule une vingtaine de recommandations visant à adapter davantage le programme aux réalités des régions à forte activité saisonnière.
Parmi les principales propositions figure la révision des critères d’admissibilité, de la durée et du montant des prestations afin qu’ils reflètent davantage les réalités régionales. Les enquêteurs recommandent aussi de revoir le découpage des régions d’assurance-emploi.
Ils proposent également de rendre permanent le projet pilote accordant des semaines supplémentaires de prestations afin de mieux protéger les travailleurs contre le « trou noir ». Selon eux, cette mesure devrait aussi être accessible aux nouveaux travailleurs plutôt qu’uniquement à ceux qui en bénéficient déjà depuis plusieurs années.
Le rapport recommande par ailleurs de faciliter l’occupation d’un emploi secondaire durant la basse saison, notamment en modifiant certaines règles entourant les départs volontaires et le travail à temps partiel pendant la période de prestations.
Enfin, les enquêteurs invitent le gouvernement fédéral à simplifier le fonctionnement du régime d’assurance-emploi afin d’en améliorer la compréhension, jugeant plusieurs règles actuelles trop complexes pour les prestataires.
« Des évidences vérifiées »
Pour la directrice générale d’Action-Chômage Côte-Nord, Line Sirois, les conclusions de l’enquête confirment officiellement les difficultés vécues dans les régions dépendantes de l’emploi saisonnier.
« Aujourd’hui, le fédéral est placé devant des évidences vérifiées par une enquête effectuée par des représentants de son propre appareil gouvernemental et inscrits dans un rapport officiel. Et si ces évidences ne lui sautent pas aux yeux, nous serons là pour lui rappeler qu’elles existent », clame-t-elle.
« Grâce notamment à ce rapport, il est maintenant permis d’entrevoir l’adoption de solutions concrètes aux lacunes du régime actuel d’assurance-emploi ainsi qu’au problème du “trou noir” dans les régions éloignées à forte activité saisonnière », conclut Mme Sirois.
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