Les Jardins Latour : d’une terre boisée à un verger de camerises
Hélène Brochu et Laurier Tremblay opèrent ensemble les Jardins Latour. Photo courtoisie
Il y a moins de 10 ans, le terrain des Jardins Latour n’avait rien d’un verger. Couvert de bois, parsemé d’immenses roches et sans même un chemin pour y accéder, le site situé dans le secteur Saint-Marc-de-Latour, à Colombier, s’est transformé, année après année, en une entreprise agricole où les visiteurs viennent aujourd’hui cueillir leurs propres camerises.
Pour les copropriétaires Laurier Tremblay et Hélène Brochu, cette transformation est bien plus qu’un projet d’entreprise. Elle représente l’aboutissement d’un rêve profondément enraciné dans l’histoire familiale.
« Il n’y avait pas de chemin, il n’y avait rien. Tout était en bois. Il a fallu commencer par déboiser, enlever les roches et avancer tranquillement, étape par étape », raconte le couple qui partage 21 années de vie commune.
Le projet a officiellement pris son envol en 2017, peu après la retraite de M. Tremblay. Depuis, les deux partenaires ont réalisé la quasi-totalité des travaux eux-mêmes, transformant progressivement cette ancienne terre boisée en plantation horticole.
Aujourd’hui, les Jardins Latour comptent quelque 3 000 plants de camerises répartis sur 25 rangs. Dès cet automne, 3 000 autres plants d’une variété plus tardive viendront s’ajouter au verger, permettant d’échelonner la période de récolte d’environ deux semaines.
On y retrouve également des fraises, des framboises et un jardin de légumes qui continue de grandir.

Une terre chargée d’histoire
Pour Laurier Tremblay, le projet est intimement lié à son attachement au secteur Saint-Marc-de-Latour.
Originaire du milieu, il possède cette terre depuis de nombreuses années. Plusieurs souvenirs d’enfance y sont rattachés, tout comme l’histoire de sa famille.
« Je viens d’une famille d’ici. Mes parents avaient des vaches et faisaient un peu de jardinage. J’ai toujours aimé ça. Je voulais reproduire ça », explique l’agronome de formation.
Le nom des Jardins Latour fait d’ailleurs référence au secteur où se trouvait autrefois une tour de garde-feu, que son père a contribué à construire, ainsi qu’au canton Latour, le nom donné au secteur.
Au fil des travaux, le couple a aussi retrouvé des vestiges du passé, notamment d’anciens fers à cheval et des fondations rappelant qu’une famille avait déjà habité les lieux.
« Quand on travaille ici, ça me rappelle mon enfance. C’est une terre familiale. On est vraiment attachés à cet endroit », lance M. Tremblay.

Faire découvrir le potentiel agricole de la Côte-Nord
Si Laurier Tremblay possède l’expertise technique acquise au cours de sa carrière d’agronome, il souhaitait surtout démontrer que l’agriculture pouvait se développer sur la Côte-Nord malgré les défis du climat et des sols argileux.
« On dit souvent qu’on a de beaux paysages, la forêt et le fleuve, mais on ne parle pas beaucoup d’agriculture. Pourtant, on est capables de faire de belles choses ici. »
L’objectif n’était donc pas seulement de produire un fruit encore méconnu, mais aussi de créer un lieu agréable où les visiteurs prennent le temps de découvrir les camerises, les paysages et le potentiel du territoire.
« On ne veut pas seulement voir des clients. On veut accueillir les gens, leur parler, leur faire découvrir ce qu’on fait », ajoute Hélène Brochu.
L’autocueillette en est aujourd’hui à sa troisième saison. Selon les propriétaires, la clientèle grandit d’année en année, principalement grâce au bouche-à-oreille.
Des touristes ont d’abord découvert l’endroit, avant que de plus en plus de résidents de la région viennent à leur tour goûter aux petits fruits.
Le couple souhaite toutefois conserver une entreprise à dimension humaine.
« On veut que les gens viennent passer un beau moment. Peut-être qu’un jour il y aura des tables à pique-nique, mais on veut garder un endroit convivial. »
Le développement se poursuivra graduellement. Des fraises, des framboises, quelques arbres fruitiers ainsi que des sentiers sont déjà dans les plans, toujours dans l’optique d’offrir une expérience familiale plutôt qu’une production de masse.

Un projet bâti à deux
Laurier Tremblay assure principalement le volet technique, Hélène Brochu partage entièrement le projet.
En plus de s’occuper de l’administration, elle participe aux travaux sur le terrain depuis les tout débuts.
« On a travaillé fort. On a tout fait ensemble », résume-t-elle en précisant qu’aucun employé n’a été embauché jusqu’à maintenant.
Le caractère familial se reflète également dans la participation de leurs proches. Leur petite-fille, alors âgée de 11 ans, a notamment aidé à planter les premiers camérisiers. Et le père de Mme Brochu donne un coup de main quand vient le temps de défaire les petits pois ou les gourganes.
Une nouvelle étape
L’année 2026 marque une autre étape importante avec la première récolte mécanisée des camerises destinées à la transformation.
Jusqu’à maintenant, les récoltes manuelles exigeaient plusieurs semaines de travail.
« À la main, ça devenait impossible. Avec la mécanisation, on peut envisager la suite », explique M. Tremblay.
Le couple prévoit maintenant poursuivre le développement du site, tout en conservant la philosophie qui guide le projet depuis ses débuts : avancer progressivement, respecter le milieu et faire découvrir aux visiteurs le potentiel agricole de la Côte-Nord.
« On rêve encore. On a beaucoup d’idées, mais on les réalise une étape à la fois. »

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