Quand Jean Brisson était « dedans la radio »

Par 12:00 AM - 29 avril 2018
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Jean Brisson a été honoré à l’Assemblée nationale par le député de Rimouski, Harold LeBel. Photo courtoisie

Jean Brisson a été honoré à l’Assemblée nationale par le député de Rimouski, Harold LeBel. Photo courtoisie

Les Escoumins – La radio au coffret de bois sur le comptoir, ma « toast » au beurre, mon lait au café et… cette voix: « Debout! C’est l’heure » La radio devait bien « gricher » un peu, ça n’avait guère d’importance, tout comme l’absence d’image. C’était bien avant les « 7:45 » et les « Salut Bonjour! » que la voix du morning-man le plus « pépé » de Québec à Gaspé, Jean Brisson, animait nos matins.

Dans les sujets abordés sur le Facebook de Généalogie Haute-Côte-Nord très peu enflamment la région dans son ensemble. Mais Jean Brisson, l’enfant-chéri des Nord-Côtiers, soulève toujours les passions. Sa voix vibre encore à nos oreilles, nous remue toujours des décennies plus tard. C’est qu’il savait « écartiller » la langue, jouer élégamment du verbe et avait l’expression savoureuse l’animateur-vedette de C.J.B.R. Quand l’hiver arrivait il nous servait son « Ce n’est pas chaud ce matin, le zéro se promène », n’oublions pas, un zéro Fahrenheit c’est plus froid qu’un zéro Celsius! Sa voix juste rendait même l’horaire des marées et des traversiers intéressants. Il nous donne encore le goût de faire la traversée sur le Père Nouvel quand on l’entend sur Youtube en 2018, ce qui n’est pas peu dire!

Le « vrai » Jean Brisson

Tout le monde a un souvenir, une anecdote à raconter dont la fameuse signification des lettres d’appel du poste qu’il trafiquait afin de se les approprier : C’est Jean Brisson de Rimouski*. Ses années d’animation des galas de lutte, dans les années 1950 et plus tard avec les Dino Bravo, Abdullah The Butcher et le Géant Ferré, donneront naissance à la fameuse tirade, ensuite popularisée par Édouard Carpentier : « À la semaine prochaine, si Dieu le veut! »

Cependant le « vrai » Jean Brisson s’éclipsait totalement derrière le père Noël des magasins Peoples. Le gros bonhomme rouge, totalement aphone à son arrivée du pôle Nord, empruntait la voix de l’animateur de C.J.B.R., ça ne fait aucun doute dans l’esprit de tous les enfants nés pendant les décennies 1950 à 1970. Shirley Roy raconte que c’est d’ailleurs ce « vrai » père Noël qui visitait le magasin Labrador Fisherie Limited, bien avant la Baie d’Hudson**.

La reconnaissance

Le dimanche, 25 mars dernier, Jean Brisson célébrait ses 87 ans. Le député de Rimouski, Harold LeBel, profita de l’occasion afin de rendre un hommage plus que respectueux à son concitoyen. En chambre, à l’Assemblée nationale, le mercredi suivant, il le qualifia de « personnage incontournable du domaine des communications » et de « figure connue à travers tout le Québec ». Outre toutes les réalisations auparavant mentionnées, j’ai appris que Jean Brisson avait eu la chance d’interviewer le Général de Gaule peu avant son troublant : « Vive le Québec libre » au balcon de l’Hôtel de ville de Montréal; qu’il avait été, pendant 10 ans, coordonnateur des projets spéciaux aux communications de l’Agence spatiale canadienne, côtoyant les Marc Garneau, Chris Hadfield et Julie Payette. « Jean Brisson fait partie de notre mémoire collective » telle sera la touchante conclusion du discours de M. LeBel.

Pendant ce temps, de ce côté-ci du fleuve, toute une région est fière de ce fils de la Côte car Tadoussac est le berceau de l’animateur-chouchou. Né en 1931, Joseph Philippe Jean-Marie Brisson sera porté au baptême le même jour dans l’antique église Sainte-Croix maintenant disparue. Son arbre généalogique, garni de Maltais, Harvey, Deschênes, Lapointe, Dufour et Tremblay, nous permet à tous de se l’approprier comme un membre de la famille… ce qu’il a été pour plusieurs pendant près de trois décennies sur les ondes de C.J.B.R. Il savait comment nous garder en alerte en saluant l’un aux Escoumins et l’autre à Forestville. Quand il ne se lançait pas dans une petite anecdote avec le cousin de Tadoussac ou celui de Rivière-Blanche***. Vous l’entendez? Moi oui! Tout à coup, j’ai 8 ans, je mange ma « toast » au beurre, Jean Brisson est « dedans la radio » et je suis contente car c’est la tempête et il dit que l’école est fermée!

* Les lettres d’appel de la station rappellent plutôt le nom de son fondateur : Canada Jules Brillant Rimouski.

** Pour les moins de 50 ans, il s’agit de la Clinique Tremblay de Forestville.

*** La Rivière Blanche dont il est question dans le texte est située sur le territoire de Colombier.

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