Yo! Les jeunes parents!

Par Erika Soucy
Yo! Les jeunes parents!

Tu as moins de 35 ans, des enfants et tu fais ton gros possible? C’est à toi que je m’adresse aujourd’hui!

Ben non, j’essaie pas de t’encourager à participer à un concours plate… Je veux juste te parler à toi, le jeune parent.

As-tu parfois l’impression d’être l’incarnation de ce que tout le monde déteste?

« Les jeunes, y veulent pu travailler! »

« Les jeunes, sont tout le temps sur leur cell! »

« Les jeunes, y élèvent pu leurs enfants, y les bourrent de pilules! »

« Les jeunes, y savent pu écrire, pu parler français, les jeunes! »

J’exagère à peine. Et comme je suis une millennial (Ah! Un mot anglais, ça se peux-tu!) assoiffée de selfies (Ah! Un autre mot anglais!) et d’autopromotion, je vais te parler de ma petite personne de 31 ans, mère de deux enfants, pigiste et propriétaire d’un cellulaire.

Prenons ma journée d’hier…

J’ouvre les yeux, il est 6h00. Je pogne mon téléphone et éteins la sonnerie qui fait office de réveille-matin. Au passage, je regarde mes courriels, mon Facebook… Ben oui, c’est de même, je vérifie mes notifications avant même d’aller pisser.

Ma petite de 4 ans a hâte de déjeuner. Elle insiste pour s’habiller en robe (toujours en robe) après, seulement après, qu’elle aura mangé son bagel au beurre de peanut, gelée de pommes, Cheez-Whiz. (Oui, je sais, c’est dégueulasse. J’ai beau lui répéter que c’est le pire mélange au monde, elle aime ça de même.) Mon chum demande calmement à mon grand de 8 ans de se lever, de s’habiller et de descendre dans la cuisine. Puis il lui demande moins calmement… Puis en élevant la voix… Puis en criant un peu… Pour que le grand se lève finalement les yeux poqués même s’il s’est couché à 7 heures et demi la veille. 7 heures fucking et demi. Les enfants déjeunent (pas les parents, nous on manque de temps), on fait les sacs, les lunchs, on court les culottes propres dans la sécheuse et on est nostalgiques de la fois où on a porté une paire de bas pareils (la fois qu’on les a sortis de l’emballage). Le grand me rappelle de lui donner sa pilule (BOOM!), il me remercie (RE-BOOM!) et répète à voix haute ce qu’il doit faire avant de partir pour l’école. Répéter à voix haute, c’est un truc qu’il a trouvé avec sa neuropsychologue, parce que c’est pas vrai qu’on donne de la médication à un enfant sans rien faire d’autre.

« Mettre mon manteau, mes bottes… Maman, pour les citrouilles d’Halloween, tu pourrais faire la face du bonhomme dans le film-là… Hein? Quoi? Ah oui, mon manteau… Ah, un Lego! Maman, j’pourrais-tu avoir un Lego Harry Potter pour Noël? Hein…? Ah oui! Mon manteau… » On saute dans le char tout le monde ensemble; on covoiture, c’est plus écologique. Sur la musique de Bleu Jeans Bleu qu’on chante à tue-tête pour se garder de bonne humeur, on drop le plus vieux à l’école, drop la petite à la garderie, pogne la collègue de mon chum, me dépose au bureau, pis mon chum chauffe jusqu’à sa job en sirotant le café qu’il a préparé pour emporter (à défaut de manger une bouchée).

À part de ça devant mon ordi, j’suis donc ben, j’ai pas de boss, je peux prendre des pauses quand ça me le dit, je peux niaiser sur Facebook, sur Twitter, regarder l’entrevue de Denise Bombardier à Tout le monde en parle qui critique l’usage du français dans le rest of Canada. Avoir le goût de lui répondre que son français parfait, personne ne l’a jamais parlé -même pas en France-; que la littérature classique n’est à peu près pas lue par le commun des mortels. Le commun des mortels veut lire ce qui lui ressemble. Je termine un texte à remettre le jour même, moi l’écrivaine, moi la fille de la Côte-Nord qui publie des livres avec des sacres dedans et des structures de phrases atypiques. À chaque texte que j’écris, y’a une Denise qui meurt dans le monde.

Je me rends à la garderie à l’heure de la fermeture, j’attends mon chum qui vient nous chercher (on covoiture, on se rappelle). Nous nous rendons à l’école du plus vieux qui a passé une bonne journée. Il s’est trouvé bon, il était concentré, il est fier d’avoir écrit un texte avec beaucoup de fautes peut-être, mais un texte dans lequel il s’est exprimé. Il a un test d’anglais demain, il doit étudier ce soir, mais ça ne l’inquiète pas, la matière rentre plus facilement depuis qu’il prend sa pilule (RE-RE-BOOM!) Je rappelle à mon chum que je me suis engagée à faire du bénévolat à l’école le soir venu, qu’on pourrait aller souper en famille au resto étant donné qu’on se verra pas de la soirée. Bonne idée, on fait ça! On prend une pinte de Stella Artois pendant que les enfants jouent sur les écrans de la salle de jeux du St-Hubert. Oh my God! Les écrans! Demandez-vous pas pourquoi les jeunes sont fuckés! On a interdit les tablettes pis la télé sur semaine à la maison, mais quand ils vont au resto ou chez leurs grands-parents, on les plug géribouère! On est de même, nous autres, les jeunes parents! Mon chum me dépose à l’école pour la corvée de recouvrement des nouveaux livres de biblio et se rend à la maison avec les kids (Oups! Un autre mot anglais!) pour donner les bains, brosser les dents (on a oublié de le faire, ce matin), étudier un peu et si tout se passe bien, regarder 5 minutes de vidéos de bébés chats sur YouTube. (Ah ouin, encore un écran… La télé était pas interdite sur semaine, donc?)

Peut-être que tu te reconnais dans ce texte, toi, le jeune parent. Peut-être que pas pantoute non plus, pis c’est correct. J’essaie pas de faire pitié. Le rythme de vie que j’ai, je l’ai choisi et l’ai créé. En se couchant hier soir, on n’était pas plus épuisés que d’habitude, je dirais même qu’on était relax puisqu’on s’était évité la préparation du souper. Mais d’entendre constamment que les jeunes parents font de mauvais choix, qu’ils ont oublié le sens du mot « valeur » et qu’ils sont déconnectés de la réalité, errant quelque part entre Netflix, Amazon et Instagram, ne fait que nous enfoncer dans ce qui transpire de ce texte et de chaque minute de ma vie de mère : la pression de la performance.

Vivre et laisser vivre… Les jeunes parents!

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