Femmes en trois temps, femmes en mouvement

Par Shirley Kennedy 3:00 PM - 02 mars 2021
Temps de lecture :

Geneviève Larouche-Ross, Laurence Bérubé-Ross et Nathalie Ross. Photo : Courtoisie

Geneviève Larouche-Ross 82 ans, Nathalie Ross 59 ans et Laurence Bérubé-Ross 29 ans. Trois femmes de cœur, de générations différentes. Des femmes assumées à l’esprit aussi large que l’horizon de leurs Bergeronnes natales, ont accepté de parler des enjeux liés à la défense des droits des femmes.

Comment voyez-vous la Journée internationale des femmes en 2021?

Geneviève : pour moi la Journée des femmes c’est toute l’année. On est femme tout le temps. On est maman, grand-maman, ménagère, cuisinière, intellectuelle. Les femmes sont le grain de la société, c’est la femme qui fait grandir la société. Mais j’y crois, parce qu’il y a des femmes qui ont été oubliées. Il est important de valoriser le rôle de la femme.

Nathalie : c’est encore nécessaire, bien que je suis d’une génération qui s’est libérée de la maison, celle qui a été sur le marché du travail et qui a retrouvé sa liberté si on peut dire ainsi. Son autonomie son indépendance.

Laurence : les femmes de ma génération sont nées après les progrès accomplis par celles qui nous ont précédées. On s’est libérées aussi on a bénéficié de tout ce travail-là de la libération de la femme, des tâches, l’émancipation de la femme dans les milieux de travail et nous poursuivons la lutte qui a été commencée. Il faut être reconnaissantes. Tellement de belles choses ont été accomplies et je suis fière de ma mère et ma grand-mère, deux superwoman. Ma mère, qui est repartie étudier à 34 ans en droit, monoparentale, deux enfants, c’est impressionnant. Ma grand-mère qui a eu tous les commerces possibles et inimaginables. Elle a fait sa vie, son bout de chemin, tout le monde la connaît partout. Ce sont deux bonnes figures du féminisme moderne, même si elles ne sont pas très modernes (rires).

Geneviève et Nathalie, croyez-vous avoir transmis d’une génération à l’autre, cette façon que vous avez de voir la place de la femme dans notre société?

Geneviève : je pense qu’il y a un petit peu d’hérédité. Je les vois agir des fois et c’est comme si je me voyais moi-même. Je ne sais comment l’exprimer mais je me vois à travers mes enfants. Nous travaillons dans une ambiance de bonheur toutes les trois. Nous avons le don de trouver un côté agréable aux obligations de la vie.

Nathalie : On n’a pas le même schème de pensée ma mère et moi mais je crois qu’on pense toutes les deux que la femme a sa place sinon plus dans la société. Je crois que s’il y avait plus de femmes qui dirigeaient il y aurait beaucoup moins de guerres dans le monde. La femme est mère, elle a une conscience de l’humain qui dessert davantage les intérêts sociétales et communautaires.

Laurence : je ne suis pas femme au foyer, je ne suis pas mère, je ne suis la femme de personne mais je suis une femme quand même. C’est pourquoi le discours en lui-même me rejoint moins mais je sais que derrière la Journée de la femme, il y a beaucoup de travail d’accompli.

En faisant référence au drame de Polytechnique survenu en 1989 considéré comme un acte haineux envers les femmes. Quelle éducation avez-vous donné à votre fille (Geneviève et Nathalie) et comment considérez-vous l’éducation que vous avez reçu par rapport au sexe masculin?

Geneviève : la compréhension et l’amour sont les meilleurs instruments pour faire avancer la société et c’est de cette façon que j’ai élevé mes enfants.

Nathalie : c’est inconcevable en 1989 qu’on vive ça. Pour moi ça ne se pouvait pas, au Québec, qu’on ait cette pensée-là. On est chanceux en Côte-Nord, qu’en général les gens sont favorables à l’humain. Ça me conforte dans mes choix tout le temps. Pour ce qui est de l’éducation fille-garçon, je crois que je n’ai pas fait de différences. Mais moi avec mes frères, je devais davantage assumer les tâches ménagères et je ne l’ai jamais digéré (rires). Je ne comprenais pas ça. J’ai probablement été élevée dans l’égalité quand même, mais le petit côté ménager m’énervait. J’ai essayé d’élever mes enfants sans porter attention à leur genre.

Laurence : on n’a pas été élevés différemment mon frère et moi. Je crois qu’on a plus été élevés selon notre caractère plutôt que comme une fille et un garçon. Je n’ai pas eu une éducation très genrée.

Que pensez-vous de l’iniquité salariale qui existe toujours en 2021 entre les femmes et les hommes?

Geneviève : ça dépend des domaines. Heureusement dans la fonction publique cela n’est plus le cas mais il y a encore du travail à faire.

Nathalie : moi ça ne me surprend pas. On constate les mécanismes qui sont en place pour éviter cela. Dans toutes les entreprises où je suis allée ça n’existait pas mais je sais que ça existe. C’est plate. On a tous la chance d’être éduqués.

Laurence : Avant de revenir sur la Côte-Nord, je voyais les efforts déployés par la direction de mon employeur pour l’équité mais je ne suis pas vraiment surprise. C’est surprenant considérant tous les progrès constatés jusqu’à maintenant, surtout au Québec. Je pense à la charge mentale qui pèse sur les épaules des femmes, un concept totalement ignoré par les hommes, cette espèce de double-charge de travail avec laquelle la femme jongle toute sa vie.

Est-ce que La Journée internationale des femmes et toutes les actions entreprises par les organisations qui travaillent pour la défense des droits des femmes, ont encore lieu d’être en 2021?

Geneviève : probablement que c’est nécessaire encore. Il y a des secteurs de la vie, certains secteurs de l’industrie où les femmes sont sous-traitées. C’est nécessaire pour l’amélioration des conditions des femmes. Mais comme les femmes, les hommes ont leur place. C’est une question d’équilibre.

Nathalie : tant qu’il y aura des femmes qui seront considérées comme inférieures, tant que nous aurons cette notion que nous devons se défendre, il faut continuer. On a encore besoin de célébrer la femme, par ses qualités et pour montrer qu’elle est tributaire de certaines qualités dont profite la société.

Laurence : on a encore besoin de la Journée de la Femme. Il y a énormément de travail de fait mais il y en a autant à faire. Ce n’est pas pour brimer les hommes et ce n’est pas contre les hommes. Nous les femmes entre nous, avons des problèmes de gestion des émotions, gestion des relations interpersonnelles. La charge mentale, la sécurité des femmes comme les agressions sexuelles, ce sont toujours les femmes qui en souffrent le plus. C’est encore pertinent en 2021, ne serait-ce que pour célébrer tout ce qui a été fait avant nous.

Partager cet article