Un parc marin Saguenay-Saint-Laurent trois fois plus grand

Par Émélie Bernier 10:42 AM - 01 Décembre 2022 Initiative de journalisme local
Temps de lecture :

Photo courtoisie GREMM

L’aire du parc marin Saguenay–Saint-Laurent pourrait doubler, voire presque tripler si le projet d’agrandissement que souhaite le Comité de coordination du parc marin obtient l’aval des deux paliers de gouvernement et va de l’avant.

Le Devoir a rendu publiques les tractations en cours qui pourraient mener à l’agrandissement de l’aire du parc pour couvrir tout l’habitat du béluga qui touche la rive sud et s’étend au delà de L’Isle-aux-Coudres vers l’ouest. Au Comité de coordination, une entité reconnue par les deux paliers de gouvernement, on se permet même d’espérer une annonce dans le cadre de la COP 15 de Montréal qui se déroule jusqu’au 19 décembre à Montréal.

« Ça se parle depuis 1998, mais pas de façon aussi précise.  Ce n’était pas un secret, car la possibilité d’agrandir est dans le plan directeur du parc marin, mais ça s’est précipité», indique Émilien Pelletier, président du comité.

La « relance» récente émane du comité qu’il préside. « On s’est dit que ça n’avait pas de bon sens que ce dossier traîne depuis si longtemps. On a écrit une lettre au ministre Steven Guilbault il y a quelques mois. On a toujours pensé que c’était un allié, parce qu’il était un militant écologique avant d’être politicien. On a également écrit au ministre ( de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs) Benoît Charette qui a été réélu et maintenu à son poste par la CAQ.  Avec ces deux ministres et la tenue de la COP 15 à Montréal,  on pense qu’on a un alignement des planètes pour que ça bouge alors on a soufflé sur les braises», admet M. Pelletier.

Il rappelle qu’un projet de zone de protection marine, sous l’autorité de Pêches et Océans Canada (POC), végète depuis plus de 20 ans. « Ça s’est heurté à toutes sortes de problèmes de juridiction Québec-Ottawa et à  un manque d’intérêt politique. » Une situation qui est venue à bout de la patience des membres du comité de coordination.

« Le comité est un peu désespéré parce qu’on voit plus clairement la zone d’occupation essentielle du béluga aujourd’hui. Elle n’était pas si définie auparavant, mais POC ont fini par développer une carte qui couvre un peu partout, la rive sud jusqu’à trois pistoles, vers L’Isle-aux-Coudres à l’ouest. C’est ce qu’on souhaite voir intégrer dans le parc. On sait que l’habitat du béluga n’est protégé qu’à 50% par le parc marin actuellement. On a beau avoir de belles intentions, si on ne contrôle pas ce qui se passe en dehors du parc, comment espérer protéger de façon convenable l’habitat du béluga? »

L’agrandissement prévu serait beaucoup plus simple, administrativement, que l’implantation d’une zone de protection marine et permettrait de réparer ce qu’on considère comme une erreur historique. « Initialement, les gens ont surtout voulu protéger l’embouchure du Saguenay jusqu’à Saint-Siméon et  jusqu’aux  Escoumins. Il y  a eu une certaine opposition du milieu, principalement sur la rive sud, et il y a eu une séparation au centre de l’estuaire  qui n’a aucun sens au point de vue de l’écologie! »

Impossible pour les bélugas de deviner la ligne invisible qui trace les limites du parc qui les protège, tant bien que mal.

On constate ici la ligne qui « tranche » le fleuve en deux. En bleu foncé, le parc marin Saguenay-Saint-Laurent. Source: site internet du PMSSL

Car la protection offerte par le parc qu’on souhaite agrandir a ses limites, admet le professeur émérite de l’Université du Québec à Rimouski. « Il n’y a pas assez de contrôle sur l’eau. Y’a quelques gardes-parcs, un seul bateau et ils font surtout de la sensibilisation. De temps en temps, ils donnent des contraventions. Et en dehors du parc, personne n’interdit d’approcher les bélugas », déplore M. Pelletier. Il souhaite évidemment que l’agrandissement espéré s’accompagne d’un budget conséquent. «Si le parc agrandit 2 ou 3 fois, on suppose qu’il y aura des budgets pour augmenter la protection et la recherche qui vont venir avec! », conclut le président du comité de coordination du parc marin Saguenay–Saint-Laurent.  

Partager cet article