Le phénomène Spotted prend un nouveau virage

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Par Maelle Besnard
Le phénomène Spotted prend un nouveau virage

Fini le monopole des gentils mots d’amour. Sur les pages Spotted de la Côte-Nord, on  se fâche,  on échange des infos et on traque les délinquants. Parfois, le contenu dérape, mais il laisse aussi place à l’entraide. Deux administrateurs témoignent.

L’administratrice de la page Spotted Baie-Comeau, la plus active présentement pour cette ville, tient à rester anonyme. C’est par goût de la compétition que cette adolescente s’est lancée dans l’aventure, il y a presque deux ans. « Je voulais avoir ma propre page », dit-elle. Au début, son initiative a créé du remous. L’administratrice d’une autre page l’a accusée de voler son idée.

Pour se différencier de sa rivale, la jeune fille s’est promis d’éviter toutes publications négatives. Du haut de ses 15 ans, elle affirme faire attention à ne blesser personne. « S’il y a des messages trop injurieux, je ne les publie pas », assure-t-elle. Elle supprime également les commentaires qu’elle estime déplacés.
Tout cela demande un peu de temps. La jeune fille dit consulter son Facebook plusieurs fois par jour, mais ne s’attarde pas à corriger ni le fond ni la forme des messages reçus.

Effectivement, l’ambiance sur ce Spotted est globalement bon enfant. Ici, on remercie le facteur pour avoir caressé un chien, là on retrouve des clés perdues au gym. On peut y constater l’évolution de la mission des Spotted. Au début, les déclarations d’amour fusaient. Aujourd’hui, la page a des airs de babillard virtuel.

Sur la page Spotted Forestville aussi, les échanges sont variés. Animaux ou objets perdus, alertes aux policiers, plaintes ou remerciements pour des commerçants, appartements à louer… chacun y va de son petit message. La page est très active et compte 2 345 membres. L’administrateur n’a pas souhaité nous donner de détails.

Mentionnons que les pages Spotted de Tadoussac, Pessamit, Longue-Rive ou celle de l’aréna des Escoumins ne sont plus actives depuis plusieurs mois.

Dérapages

Parfois, le contenu dérape. L’administrateur de la page Spotted Baie-Comeau et ses petits plaisirs peut en témoigner. « Quand on a une page comme celle-ci, il faut s’attendre à tout », affirme-t-il. Il faut dire que sa page ne s’adresse qu’aux 18 ans et plus, à la recherche de compagnie.

Cette personne affirme avoir conscience du danger que peut générer sa page et dit débusquer rapidement les profils de mineurs ou les faux profils grâce à sa bonne connaissance de la population de Baie-Comeau. « Ceux-çi sont systématiquement écartés » soutient-elle.

Pour le reste, l’administrateur en appelle au bon sens de chacun. « Nous ne sommes pas dans la tête du monde. Que ce soit au bar ou même dans l’entourage, il y aura toujours du monde croche », prévient-il.

Mentionnons que, sur la quinzaine de pages concernant Baie-Comeau, presque la moitié sont réservées aux 18 ans et plus.

Service à la communauté

Les deux témoins ont le sentiment de rendre service à la communauté. Pour la page Spotted Baie-Comeau et ses petits plaisirs, l’administrateur souligne la pression que la société met sur les épaules des célibataires. « Je connais des personnes qui sont très timides, qui ne sortent pas dans les bars et que ça aide pas mal », affirme-t-il. Néanmoins, il regrette que les jeunes ne prennent plus la peine de « courtiser ».

Cyberintimidation

Lina Desgagné, intervenante chez Converjence Manicouagan, dirige des ateliers sur la cyberintimidation dans les écoles. Elle pense que, chez les élèves de secondaire du moins, beaucoup de conflits démarrent sur les réseaux sociaux. L’intervenante recommande de mettre les publications en perspective et de ne pas réagir de façon impulsive. « Souvent ce qui est écrit est mal interprété », affirme-t-elle.

Pour Mme Dégagné, les adultes aussi doivent faire preuve de bon sens sur les réseaux sociaux, d’autant plus qu’ils ont parfois moins conscience que les jeunes de la portée que peuvent avoir leurs publications. « Il faut être mature et avoir conscience de ce qu’on écrit », rappelle-t-elle.

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