Dépôt du projet de loi 99 : les familles d’accueil veulent être considérées

Par Shirley Kennedy 12:00 AM - 15 juin 2016
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Les représentants de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ) lors du point de presse. De gauche à droite, Mélanie Gagnon, présidente Côte-Nord, Jacinthe Boucher, présidente de la FFARIQ, Geneviève Rioux, présidente Mauricie-Centre-du-Québec et René Levesque, président Abitibi.

Forestville  – Au lendemain du dépôt du projet de loi n°99, Loi modifiant la Loi sur la protection de la jeunesse et d’autres dispositions (LPJ), la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ) se désole de constater que ses demandes, visant une considération des familles d’accueil et une meilleure stabilité pour l’enfant, n’y figurent pas.

En conférence de presse le 8 juin dernier, la présidente de la FFARIQ a partagé sa déception. « Chaque jour, les 2 300 familles d’accueil membres de la FFARIQ s’assurent du bien-être et de la stabilité de plus de 6 000 enfants au Québec. Nous avons pris acte du projet de loi n°99 et bien que les ministres Charlebois et Vallée démontrent l’intention de vouloir mieux protéger les enfants du Québec, selon nous, il reste du travail à faire. La LPJ ne convient pas à la réalité des familles d’accueil et nous souhaitons une discussion franche avec la ministre Charlebois ».

L’importance d’inclure les familles d’accueil dans le projet de loi   

Bien que le cabinet de Mme Charlebois assure que les demandes de la FFARIQ sont actuellement « en analyse », Jacinthe Boucher s’étonne de la longueur des démarches « il y a bientôt un an que nous avons débuté nos représentations. À ce stade-ci, nous réitèrerons nos demandes et leur importance lors des consultations particulières ».

Selon Mme Boucher, la demande de la FFARIQ est pourtant simple. Au Québec, la LPJ stipule que seules les parties reconnues par le tribunal peuvent participer au débat et avoir accès au dossier. Les familles d’accueil n’en font pas partie. Donc, si une famille d’accueil veut bénéficier du droit d’être entendue, elle n’a pas le choix de procéder à un recours en intervention.

La comparaison avec la Loi sur les services à l’enfance et à la famille de l’Ontario (équivalent de la Loi sur la protection de la jeunesse du Québec) démontre qu’une famille d’accueil a droit au statut de partie lors du processus judiciaire, si un enfant a été placé dans la ressource depuis au moins 6 mois. « Le centre d’attention est toujours un enfant, dont la vie est sans cesse chamboulée. C’est le contraire de la stabilité recherchée. Tous les enfants méritent un projet de vie sans être à la merci d’un système centré sur lui-même ou sans que les demandes se transforment en procès dans un procès », a ajouté madame Boucher.

Le quotidien d’une famille d’accueil : témoignages  

Lors du point de presse, trois représentants régionaux de la FFARIQ ont témoigné des écueils de cette loi et des impacts que cela représente pour les enfants. « Je suis une famille d’accueil depuis 10 ans. Dans ma région, je représente 514 familles d’accueil. À titre d’exemple, je connais une famille qui a été invitée à participer à une révision de décision, mais qui s’est fait dire « on vous a invité, mais nous ne sommes pas tenus de vous écouter ». Cela envoie un message aux familles, comme quoi leur rôle est secondaire. On apprend par la suite que les conséquences de telles décisions ont été néfastes pour l’enfant. Il ne faut pas oublier que notre rôle est d’assurer la protection des enfants », a livré comme témoignage Geneviève Rioux, représentante de la Mauricie-Centre-du-Québec pour la FFARIQ.

« En 15 ans, j’ai vu plusieurs enfants parachutés. Les centres jeunesse ne tiennent pas compte des liens d’attachement développés entre l’enfant et une famille d’accueil. Souvent, des déplacements surviennent pour des considérations administratives sans tenir compte du bien-être de l’enfant. Je connais une famille d’accueil qui a reçu un appel d’un intervenant disant qu’il venait chercher un bébé de quatre mois, seulement 4 heures avant son déplacement. C’est inhumain. On ne dit pas qu’il ne faut jamais déplacer un enfant, ce qu’on dit, c’est qu’en consultant les familles d’accueil et en considérant leur opinion, nous pouvons faire ce qu’il y a de mieux pour l’enfant pour qu’il devienne un adulte accompli », s’est exprimée Mélanie Gagnon, représentante de la Côte-Nord pour la FFARIQ.

« Cela fait 20 ans que je suis une famille d’accueil avec mon épouse. Je constate que lorsqu’il y a un déplacement, les intervenants ne tiennent pas compte des pairages. Parfois, des enfants sont même déplacés à l’extérieur de la région. Si les familles d’accueil étaient considérées, des situations fâcheuses, et même des déplacements, pourraient être évités », a expliqué monsieur René Levesque, représentant de l’Abitibi pour la FFARIQ.

 

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