Les capitaines ne s’amusent plus

Par Shirley Kennedy 12:00 AM - 13 septembre 2016
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Les capitaines exigent que leur métier soit reconnu comme une véritable profession par les gestionnaires des compagnies d’observation des baleines.

Tadoussac – Une trentaine de capitaines œuvrant au sein de l’industrie d’observation des baleines sur l’estuaire du Saint-Laurent tentent de former une association sous forme d’alliance dans le but de structurer et de moderniser leur cadre de travail.

Avec l’aide du Syndicat des Marins, les capitaines souhaitent « rectifier le traitement réservé à ce corps de métier spécialisé mais mal reconnu », est-il mentionné dans le communiqué émis par ce regroupement de capitaines la semaine dernière. Les principales préoccupations sont au niveau de la sécurité (équipements modernes, bateaux en ordre, formations continues), du respect des normes du travail (surcharge de travail, salaires inchangés depuis des années), et de la reconnaissance en général de l’expertise nécessaire au bon déroulement des excursions sur le Parc Marin du Saguenay Saint-Laurent.

Dialogue de sourds ?

Toujours selon les capitaines impliqués dans ce mouvement, les discussions autour d’un projet d’alliance ont débuté dans les dernières années dans l’esprit de donner une voix aux capitaines face à la sourde oreille de certains gestionnaires et d’ouvrir la porte à une collaboration optimale avec les agents du Parc Marin. Le but ultime de cette association est de créer une régularité au sein du corps de métier, en passant par des formations plus uniformes et continues et des conditions de travail plus alléchantes afin de retenir les capitaines d’expérience qui peuvent à leur tour former de nouveaux passionnés sans précipiter leur initiation sur les eaux souvent imprévisibles de notre grand fleuve. « Les conditions changeantes (brouillard, vagues, forts courants) nécessitent une expertise et peuvent rendre craintifs les passagers déjà soumis à un froid inattendu. Il faut un capitaine affranchi pour garder le contrôle de l’embarcation, rassurer les passagers, sans compter le fait de devoir dénicher des baleines et réussir de belles observations en accord avec la réglementation, quelle que soit la météo », peut-on lire dans le communiqué.

Selon les capitaines, la clientèle étant de plus en plus sensibilisée aux excursions respectueuses envers la faune marine, c’est le devoir du capitaine de garder son sang-froid en toutes circonstances afin de maintenir des pratiques minimisant au maximum les possibilités d’incidents de quelque nature qu’ils soient. La pression (horaire chargé à respecter, baleines garanties, marketing fantaisiste) de devoir offrir un spectacle inouï à chaque sortie ne devrait pas nuire aux pratiques écologiques et à la sensibilisation du public face à la fragilité de l’écosystème.

Une industrie en mouvement

Depuis ses débuts il y a une trentaine d’années, l’industrie a énormément changé. Notre belle région, classée parmi les plus beaux sites de la planète, reçoit de plus en plus de visiteurs et l’industrie d’observation des mammifères marins est florissante. « Malgré l’augmentation de l’achalandage accroissant les responsabilités des capitaines, les revendications de ces derniers restent sans réponses. Les capitaines sont sur la ligne de front et sont les seuls responsables de l’intégrité physique des passagers. Pour être digne de travailler dans cet incomparable environnement, il faut des capitaines expérimentés qui connaissent le milieu et ses grandioses habitants. Les capitaines aspirent à devenir un modèle planétaire et entretenir un rapport sain et enrichissant avec les institutions de recherche et de conservation. Ce travail de longue haleine ne peut être accompli qu’en reconnaissant ce corps de métier comme une véritable profession ».

Partie prenante du dialogue

Les capitaines veulent faire partie du dialogue, avoir un droit de parole sur le quai, ouvrir un débat dans le but d’être reconnus comme les professionnels offrant le produit qui attire en grand nombre les visiteurs chez nous. Le Syndicat des Marins est un outil dans ce sens. « Nous avons une connaissance intime des mammifères marins et du secteur. C’est précieux. Il est temps que notre voix soit enfin entendue, que notre métier reçoive le respect qui lui est dû, que notre savoir-faire soit reconnu. Notre démarche en est une de dignité, pour aujourd’hui et pour l’avenir. Nous ne cherchons pas la confrontation, ni la division. Nous souhaitons seulement améliorer l’industrie, l’orienter vers des pratiques plus éco-responsables et plus sécuritaires pour nos passagers et nous-même. Il est souvent dit que sur l’eau, il n’y a plus de compagnies, seulement des capitaines. Cette phrase maintes fois entendue illustre bien la solidarité qui nous unit, le partage d’un même vécu, d’un même labeur. Cette solidarité nous voulons la porter encore plus loin avec l’Alliance des Capitaines, afin de détenir tous les outils nécessaires pour devenir les vrais gardiens des baleines ».

 

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