Pessamit fait valoir son opposition devant le BAPE

Par Steeve Paradis 12:00 AM - 02 novembre 2016
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Baie-Comeau – Après les médias de la Nouvelle-Angleterre il y a quelques semaines, au tour des commissaires du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) d’entendre l’opposition des Innus de Pessamit au projet de ligne hydroélectrique entre le Québec et le New Hampshire.

Autant le chef de Pessamit, René Simon, que celui de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, jugent qu’Hydro-Québec a menti aux Américains sur les effets des projets hydroélectriques sur l’environnement et les communautés autochtones. Ils l’ont fait savoir lors de l’audience du BAPE de mercredi dernier à Sherbrooke.

Le premier mensonge, selon René Simon, concerne la protection du saumon. Selon le chef du conseil des Innus de Pessamit, Hydro-Québec ne dit pas la vérité quand elle soutient entre autres contrôler les variations de débit dans les rivières tout au long de l’année. « Faux, clame le chef Simon. La gestion hydraulique d’Hydro-Québec contribue à l’arrachement des œufs des frayères, au essivage des alevins (…) et au colmatage des frayères par l’argile mise à nue, en plus d’affecter directement le taux de survie des saumoneaux. »

Comme il l’a fait régulièrement depuis que ce dossier se trouve sur la place publique, René Simon a rappelé que la population de saumon de la rivière Betsiamites a radicalement chuté depuis l’érection des barrages des centrales Bersimis-1 et Bersimis-2, au début des années 60.

Un mythe

Quant au chef Picard, il s’est attardé sur une sortie d’Hydro-Québec en janvier dernier dans le Concord Monitor, journal de la capitale du New Hampshire. Selon M. Picard, la société d’État affirmait alors que le déplacement des populations dans le cadre des projets d’Hydro-Québec est un mythe et que les autochtones ont bénéficié de retombées de ses projets. « Comment peut-on affirmer une telle chose? », s’interroge le chef de l’APNQL. « Il a été clairement démontré que dès les années 50, le gouvernement exerçait des pressions afin de contraindre la sédentarisation des Pessamiu Ilnut (Innus de Pessamit).

« Ainsi, les familles qui amenaient leurs enfants sur le Nitassinan (territoire ancestral) pour y pratiquer des activités traditionnelles étaient privées d’allocations familiales, enchaîne-t-il. Et comme par hasard, c’est précisément à cette époque que furent mis en œuvre de nombreux mégaprojets hydroélectriques. »

Autre mensonge aux yeux des Innus, les supposées retombées économiques. « Toutes les centrales mises en place sur le Nitassinan de Pessamit l’ontété sans étude d’impact, sans autorisation et sans compensation, ce qui contrevient à la Loi constitutionnelle de 1982 », ajoute le communiqué des Innus.

Les chefs autochtones en ont assez de parler dans le vide, d’où leurs actions sur la scène américaine dans ce dossier. « Au cours des cinq dernières décennies, nous avons participé activement à tous les exercices démocratiques permettant de faire valoir nos droits (…). Peine perdue : la mauvaise foi du Québec et d’Hydro-Québec a toujours eu raison de nos efforts », de conclure le chef Simon.

 

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