Une cinquantaine de chalets seront ennoyés à Manic-5

Par Steeve Paradis 12:00 AM - 28 octobre 2016
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Baie-Comeau – Hydro-Québec a commencé à hausser le niveau du réservoir du barrage Daniel-Johnson, à Manic-5. Tout près de 50 villégiateurs de la région devraient faire les frais de cette hausse, de sorte que leurs chalets seront ennoyés. Quant à la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka (RMBMU), elle rencontrera sous peu la société d’État pour en connaitre plus long sur le phénomène qui, à court terme, force le report de l’inauguration de la Station Uapishka.

« On sait qu’il y a 46 villégiateurs qui seront touchés par la hausse du réservoir. Ça n’inclut pas les détenteurs de baux commerciaux comme les pourvoiries, qui relèvent du gouvernement du Québec », a confié Philippe Poitras, coordonnateur de la gestion foncière à la MRC de Manicouagan, l’organisme qui accorde les baux de villégiature. « On les (les détenteurs de baux) a avisés par courrier dès qu’on l’a su, soit au début septembre », ajoute-t-il.

La porte-parole d’Hydro-Québec région Manicouagan a confirmé l’information au Manic. « Il y a beaucoup d’eau ces années-ci et on produit moins. Il y beaucoup de réservoirs de tête, comme celui de Manic-5, qui sont dans cette situation, a affirmé Julie Dubé. Pour Hydro-Québec, il y a des revenus importants liés à ça (la hausse des réservoirs). Comme on ne peut accumuler l’énergie dans des batteries, on l’accumule dans les réservoirs. »

Évoquant la confidentialité « pour des raisons commerciales », Mme Dubé refuse de préciser de quelle hauteur Hydro entend rehausser le niveau du réservoir. Elle souligne toutefois que la cote maximale de hauteur, qui est de 359 mètres au-dessus du niveau de la mer, est fixée depuis les années 60 et elle n’a pas changé.

Hausser de plusieurs mètres

« Ça fait depuis le début des années 80 qu’on n’est pas allés au maximum possible. On a la possibilité d’augmenter le niveau encore de plusieurs mètres », ajoute la porte-parole, qui signale que le niveau devrait augmenter d’ici la mi-novembre, afin de se préparer à la demande plus forte l’hiver, et que l’opération de hausse du niveau se poursuivra ensuite jusqu’à l’automne 2017.

Pour sa part, Philippe Poitras reconnaît que les gens qui verront leurs chalets ennoyés n’ont guère de recours. D’ailleurs, depuis près de 30 ans, il est mentionné dans le bail de location les risques de se construire sous la ligne des hautes eaux du réservoir. « Quand on se bâtit sur un réservoir, on peut s’attendre à ce que ces choses-là puissent arriver », enchaîne le coordonnateur. Hydro a d’ailleurs confirmé qu’elle n’entendait pas dédommager les propriétaires touchés par la montée des eaux.

Il n’est pas impossible non plus que le nombre de 46 chalets soit modifié à mesure que l’eau montera dans le réservoir, ce qui doit se faire jusqu’à l’automne 2017 selon Hydro-Québec. « La question est de savoir comment l’eau va s’étendre sur la terre ferme. Même Hydro ne peut nous fournir cette information pour l’instant », soutient M. Poitras.

La Station Uapishka menacée?

Cette hausse du niveau du réservoir va donc ennoyer un grand territoire, qui pourrait aussi englober la Station Uapishka, qui fait à la fois de la recherche scientifique, de l’hébergement et de l’écoutorisme dans les monts Groulx, Uapishka de leur nom innu. « C’est sûr qu’il y a des gens qui sont inquiets, convient Julie Dubé. C’est pour ça qu’on a avisé les émetteurs de baux. »

« Il serait prématuré d’avoir une réaction face à ça, toutes les rencontres (avec Hydro) sont à venir », souligne Jean-Philippe L. Messier, directeur général de la RMBMU et secrétaire exécutif de la Station Uapishka. « Il faut se faire une tête pour bien connaître et comprendre toutes les implications avant de réagir et pour l’instant, on continue d’opérer comme avant. »

À court terme, il y aura toutefois un impact sur la Station Uapishka, car son inauguration officielle prévue pour la mi-novembre est repoussée. « L’inauguration n’aura pas lieu à ce moment, pas seulement à cause de ça (la hausse du réservoir), mais aussi parce qu’on aura une occasion plus alléchante de présenter la station à la fin de l’année », d’ajouter M. Messier.

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