Le service de nouvelles sera amputé

Par Shirley Kennedy 12:00 AM - 06 Décembre 2016
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Essipit – La radio régionale CHME FM se départira de son service de nouvelles en juin 2017. La rumeur se voulant de plus en plus persistante au cours des dernières semaines, le conseil d’administration de la radio de la Haute-Côte-Nord a confirmé la nouvelle jeudi dernier. Cette restructuration s’est imposée selon le conseil d’administration, en raison d’une baisse drastique des revenus publicitaires et du bingo hebdomadaire. Malheureusement, la journaliste de la station depuis 25 ans, Sonia St-Gelais, écope de cette décision d’affaires.

C’est un secret de polichinelle que les médias régionaux encaissent les contrecoups du contexte économique difficile qui sévit particulièrement en Haute-Côte-Nord depuis quelques années. La réduction des revenus publicitaires ainsi que la baisse de 30 % des recettes récoltées par le bingo, principales sources de revenus de la radio régionale, ont poussé les administrateurs à faire des choix. « C’est une restructuration de la radio, comme des entreprises ont à faire lorsque les revenus ne sont plus là pour couvrir les dépenses », dit Marc Genest, président du conseil d’administration.

Amorcé il y a environ 5 ans, le déclin de revenus de CHME a été encore plus marqué au cours des deux dernières années. « Nous avons toujours réussi, dans le meilleur des cas, à s’autofinancer. Et dans bien des cas, à subir des déficits intenables depuis les deux dernières années », convient M. Genest.

Supportée financièrement par le Conseil de la Première Nation des Innus d’Essipit, autant dans ses investissements que dans ses déficits, CHME devenait un poids financier difficile à maintenir pour la communauté innue.

En force depuis 1992, année au cours de laquelle la station s’est régionalisée de concert avec le milieu, le conseil d’administration de CHME est serein avec cette décision appréhendée depuis 5 ans. « On savait qu’on allait frapper un mur, ajoute Marc Genest. On a réussi à survivre malgré la dévitalisation, les fermetures d’entreprises, et ce sans subventions ». Concrètement, CHME doit jongler avec les mêmes revenus depuis près de 20 ans. « Nous avons les mêmes revenus qu’en 1998, dit Marc Genest. Le bassin de la clientèle du bingo ne se renouvelle pas facilement et la valeur de l’argent a diminué. Pourtant, nous avons réussi à maintenir la radio, une équipe de 8 employés et nous sommes convaincus qu’on est capables de faire vivre cette radio-là, mais de façon différente ».

Informer autrement

Après avoir analysé différents scénarios, la solution choisie par le conseil d’administration pour assurer la pérennité de la station régionale, c’est desservir autrement. C’est donc en passant par la programmation régulière que sera diffusée l’information régionale dorénavant. « Le but va rester le même : faire une radio de proximité. Les gens vont avoir une part à faire », dit la directrice de CHME, Claudine Roussel.

Sondage exhaustif à l’appui, le conseil d’administration de CHME dit avoir la preuve qu’il faut préserver ce média régional. « On est convaincus d’être capables de répondre à la mission qu’on s’est donnée au départ. Pour l’instant, avec l’équipe actuelle et la future restructuration, on sera en mesure de servir la région. Les sondages nous le confirment : la radio est appréciée par beaucoup plus d’auditeurs que l’on croyait », ajoute M. Genest.

« On ne pourra jamais être les meilleurs en termes de radio, de musique, poursuit Mme Roussel. C’est sûr qu’on va tabler sur le futur. On veut servir la clientèle et garder la couleur locale. On va s’attarder à faire ça dans les prochaines années. On va être sur le terrain, dans la mesure où on sera capables de l’être ».

Décision difficile

Journaliste à CHME depuis 25 ans, Sonia St-Gelais est en poste, à moins d’avis contraire, jusqu’en juin 2017. Une décision crève-cœur pour le conseil d’administration, « mais qui n’a rien à voir avec l’individu et ses compétences. Nous n’avons rien à dire sur son travail, Sonia St-Gelais est une professionnelle. Nous avons pris les précautions pour qu’elle puisse continuer de travailler dans une certaine sérénité. Nous aurions pu annoncer une coupure effective dans huit semaines et ça aurait été fini. Dans le contexte actuel, nous avons fait le maximum que nous pouvions. Sonia est la victime des conséquences de la situation financière que l’on vit », déplore Marc Genest. Mme St-Gelais a refusé de commenter la nouvelle.

En ce qui concerne les obligations de la station radiophonique autochtone envers le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), elles n’impliquent aucune condition spécifique au niveau du bulletin de nouvelles, selon Marc Genest. « Le secteur nouvelles sera amputé mais la nouvelle sera traitée différemment. De toute façon, nous avons toujours respecté les règles et nous continuerons à le faire. Nous sommes des gens responsables ». CHME ne bénéficie d’aucune subvention de la part des gouvernements ou de la MRC, avec laquelle une entente publicitaire est conclue annuellement. Depuis sa régionalisation, CHME est gérée par un conseil d’administration composé de cinq membres de la communauté innue d’Essipit et de deux membres de la MRC. Le Conseil de bande d’Essipit supportera le déficit de cette année jusqu’à la fin de l’année financière. « Le seul lien qui existe vraiment avec Essipit est un lien de dépendance économique. Et je peux vous dire que depuis le sondage du printemps dernier, le Conseil est derrière la radio plus que jamais et CHME va continuer d’être là pour les gens et j’espère qu’ils vont nous encourager ».

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