Les secrets bien enfouis de la petite chapelle

Par Shirley Kennedy 12:00 AM - 29 mars 2017
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Tadoussac – Bien qu’elle accuse 270 ans d’existence, la petite chapelle de Tadoussac, haut lieu historique et touristique du pays, cachait jusqu’à l’an dernier, d’autres faits historiques et archéologiques jusqu’ici méconnus du grand public. Avec la venue d’une équipe d’archéologues de la firme Ethnoscop, un autre chapitre de l’histoire de la plus vieille chapelle en bois au Canada est sur le point d’être mis au jour.

Printemps 2016 : la Fabrique Sainte-Croix de Tadoussac doit entamer des travaux de réfection majeurs sur la petite chapelle qui est en mauvais état. On prévoit notamment changer les fenêtres, refaire la toiture, mettre aux normes le système de gicleurs qui devra désormais passer dans le vide sanitaire de la chapelle, restaurer la structure et le clocher. Mais avant de déplacer ne serait-ce qu’un grain de sable sous ce joyau patrimonial, on doit s’assurer que le potentiel archéologique du site est préservé et ainsi faire appel à l’expertise d’archéologues. « Depuis 2012, la loi a changé en ce sens que lorsque l’on doit creuser dans des sols qui ont un potentiel archéologique, on doit demander l’expertise d’archéologues pour évaluer le risque de découvrir des artéfacts ou des ossements. Tadoussac est déjà reconnu comme un lieu à haut potentiel archéologique et le cimetière entourant la chapelle rend les fouilles archéologiques obligatoires », précise Audrey Fontaine, agente de développement culturel à la MRC de La Haute-Côte-Nord.

Depuis toujours, des crânes et des os sont visibles sous la trappe dans le plancher de la petite chapelle. « On voyait déjà des ossements humains, ajoute Nathalie Murray, secrétaire- trésorière de la Fabrique Sainte-Croix de Tadoussac. Mais on ne pouvait aller voir l’intérieur des fondations puisqu’il y a beaucoup de sable ».

C’est donc en déplaçant le sable que les archéologues ont découvert des ossements de deux corps visibles à l’été 2016, en plus de mettre au jour des problèmes au niveau des fondations. La Fabrique n’a eu d’autres choix que d’engager les travaux de réfection des fondations qui ont été effectués en décembre et janvier dernier. « Il a fallu enlever tout le plancher et creuser le long des fondations, ajoute Audrey Fontaine.

Travaux en amont

Laurence Johnson, coordonnatrice et ethnohistorienne chez Ethnoscop confirme qu’elle et son équipe se sont rendus à quatre reprises à Tadoussac. « Le but premier était de prélever les ossements de façon respectueuse et scientifique avant que les travaux de réfection débutent », précise-t-elle. Selon madame Johnson, les ossements trouvés sous la trappe sont probablement ceux des missionnaires jésuites, les pères Coquart et Jean-Baptiste de La Brosse. « Ils ont probablement été ramassés ailleurs et rassemblés là. À part les deux jésuites, on a retrouvé la sépulture de deux enfants, d’une jeune femme adulte et deux bébés ».

Laurence Johnson confirme également l’hypothèse qu’un cimetière était déjà en place avant la construction de la chapelle. « Dans la sacristie, on a expertisé avant la réparation des fondations. Cette dernière a été construite plus tard que la chapelle, par-dessus des sépultures qui étaient déjà là ». Les recherches ont également permis de découvrir une pointe de flèche, des perles en verre et un panier d’écorce.

Madame Johnson affirme de plus qu’à part les deux prêtres, la majorité des autres ossements possède des caractéristiques reliées aux amérindiens. Les expertises de son équipe ont également permis de conclure que le squelette complet de la jeune femme démontre un problème à l’une de ses jambes. « C’est probablement de naissance. Les amérindiens avaient pour tradition d’emmailloter les nouveau-nés pendant une longue période. Probablement que l’os ne s’est jamais replacé au bon endroit. Elle avait développé de nouveaux attachements pour sa jambe qui était beaucoup plus petite que l’autre. Et au niveau de ses dents, ses incisives étaient en forme de pelle, un phénomène attribuable notamment aux populations amérindiennes ».

Campagne de financement

Bien qu’elle soit la plus vieille chapelle en bois au Canada et considérée haut lieu historique et touristique du pays, on ne se bouscule pas aux portes pour financer les travaux requis à la petite chapelle de Tadoussac. Certes, les deux paliers de gouvernement ont signifié leurs intentions de contribuer, mais encore faut-il que le conseil de la Fabrique Ste-Croix réussisse à réunir la somme pour contribuer à une partie du coût total des travaux. À ce jour, une somme de 52 000 $ a été dégagée par la Fabrique mais ce ne sera pas suffisant. « Avec les travaux au niveau de la fondation qui n’étaient pas prévus, on se retrouve avec une plus grosse somme à amasser. Les paliers de gouvernements étudient le dossier », ajoute le président de la Fabrique Sainte-Croix, Pierre Marquis.

D’autant plus que le clocher apporte un sérieux dilemme aux administrateurs. Ce dernier nécessite d’importantes et coûteuses restaurations. Donc deux options s’offrent à la Fabrique Sainte-Croix. Une option qui fait fi des coûts et privilégie l’aspect conservation patrimoniale ou l’option moins coûteuse mais qui ne rencontre pas tous les standards souhaités. « C’est certain que nous aimerions refaire le clocher dans les règles de l’art mais encore là, c’est une question de budget, soutient Audrey Fontaine. Si la levée de fonds dépasse l’objectif fixé, les montants seront tous réinvestis dans des éléments de restauration de la chapelle jugés secondaires en raison du manque de fonds ».

Bien que gérées toutes deux par le conseil de Fabrique Sainte-Croix de Tadoussac, la petite chapelle et l’église sont deux entités distinctes au niveau administratif. « On ne peut pas utiliser l’argent des messes et de la quête de l’église pour la petite chapelle et vice versa », précise Nathalie Murray.

Bon an mal an, c’est une somme approximative de 15 000 $ qui est récoltée en dons par les visiteurs, incluant le pourcentage de ventes du magasin de la petite chapelle. Depuis 21 ans, le traditionnel souper de crabes apporte entre 8 000 $ et 12 000 $ par an dans les coffres dédiés à celle-ci. À ces dons s’ajoutent les subsides destinés aux lieux de culte patrimoniaux offerts par les gouvernements.

Mardi dernier à la séance du conseil des maires de la Haute-Côte-Nord, un don de 5 000 $ a été accordé en guise de contribution à la campagne de financement de la petite chapelle. Cette contribution s’ajoute à celle de la Municipalité de Tadoussac qui a également souscrit pour 5 000 $. « Le maire de Tadoussac Hugues Tremblay a fait un travail politique remarquable et je l’en remercie », a souligné Pierre Marquis. Le Conseil dela Première Nation des Innus d’Essipit est sensible à la cause de la chapelle et devrait annoncer sa contribution dans les jours qui viennent. Les prochaines semaines seront cruciales pour l’équipe dédiée à la petite chapelle de Tadoussac. Fermée l’an dernier en raison de son mauvais état, les administrateurs espèrent rouvrir le lieu de culte pour la saison 2017. « Nous avons déjà des demandes pour des groupes en mai prochain », conclut Nathalie Murray.

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