Définir la maltraitance: une question de nuances

Par 12:00 AM - 03 août 2017
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Baie-Comeau – Définir la maltraitance est une tâche complexe, puisque plusieurs facteurs entrent en jeu. Ce n’est pas seulement le geste qui entre en ligne de compte, mais plusieurs critères qui doivent être évalués, selon Marlene Gallagher, directrice de la protection de la jeunesse de la Côte-Nord.

« C’est plein de nuances. Il n’y a rien de tranché », indique Mme Gallagher. Elle explique que c’est pour cette raison que lorsqu’un signalement est retenu par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), un intervenant va se rendre dans le milieu afin d’aller plus loin, d’interroger les parents, les proches, l’école afin de faire un tour d’horizon de la situation de l’enfant.

S’il peut être difficile de catégoriser la maltraitance, Marlene Gallagher affirme qu’il y a « une intensité, une fréquence ». Par exemple, le fait de crier, hurler, sacrer après l’enfant, de le menacer de le frapper, de l’abandonner ou de le mettre à la porte, de l’humilier sera considéré comme de la maltraitance s’il porte atteinte à l’intégrité de l’enfant.

L’Observatoire des tout-petits qualifie ces gestes d’agression psychologique et précise dans son rapport sur la maltraitance que 43,8 % des 0 à 5 ans en étaient victimes de façon répétée en 2012 au Québec.

Encore là, il faut faire attention, selon la directrice de la protection de la jeunesse : il arrive à plusieurs parents de crier, mais il y a une différence entre lever la voix en disant « Arrête de frapper ta sœur » et « Arrête de frapper ta sœur, t’es juste bon à ça, t’es jamais bon à rien », par exemple.

Du côté des gestes physiques, 47,8 % des tout-petits auraient été victimes de violence physique mineure (secouer, brasser un enfant de plus de deux ans, donner une tape sur la main, taper les fesses à main nue, etc.) une fois en 2012, une statistique en baisse depuis 2004.

La violence physique mineure répétée était aussi en baisse, avec 16,9 % en 2012. Quant à la violence physique sévère, 4,3 % des 0 à 5 ans en avaient été victimes au moins une fois en 2012.

Pour basculer dans la maltraitance, il faut donc plusieurs critères. « C’est dans la répétition, le dénigrement, l’intensité », précise Mme Gallagher. Le comportement peut avoir lieu deux à trois fois par semaine, par jour ou une seule fois avec une intensité extrême. C’est notamment l’impact sur l’estime de soi de l’enfant, les impacts sur sa santé physique et psychologique, sur son intégrité et son développement qui seront pris en compte.

Séparation et violence conjugale

Au Québec, 26,5 % des enfants de 0 à 5 ans ont été exposés à la violence conjugale au moins une fois dans l’année, en 2012, selon le rapport sur la maltraitance de l’Observatoire des tout-petits.

« Sur la Côte-Nord, les situations de mauvais traitements psychologiques sont souvent en lien avec des situations de violence conjugale ou de séparation », affirme la directrice de la DPJ Côte-Nord. Elle explique que dans les cas de violence conjugale, les enfants grandissent dans la peur et l’anxiété.

« Les enfants vont avoir tendance à rapporter sur leurs épaules la responsabilité. Ça fait partie de leur développement. […] Souvent, ils vont s’isoler. Ils pensent qu’ils ne sont pas aimables », ajoute-t-elle.

Dans les situations de séparation, c’est souvent le dénigrement de l’autre parent, de tenir des propos très négatifs envers lui, le fait de placer l’enfant dans un conflit de loyauté constant ou de faire porter la séparation sur ses épaules (« c’est ta faute si on se sépare, si tu avais eu de meilleures notes, si tu avais été moins difficile, etc. ») qui risquent d’atteindre l’intégrité de l’enfant.

Parents dépassés

Selon Marlene Gallagher, les parents qui commettent des actes d’abus physique ou psychologique se sentent souvent dépassés. Parfois, ces parents vont manquer d’outils pour se tourner vers des méthodes éducatives alternatives.

« La majorité des parents qui vont avoir fait des gestes d’abus physique vont nous expliquer le contexte de dépassement qu’ils avaient et vont accepter l’aide qu’on va leur offrir. Des fois, c’est à petits pas. Le résultat arrive quelques années plus tard. Mais la majorité accepte qu’on aille les aider », mentionne-t-elle.

Par ailleurs, si l’on pense souvent que la DPJ retire systématiquement les enfants des familles, le premier principe de la Loi sur la protection de la jeunesse est de prioriser le maintien des familles.

La DPJ ne fait pas de compromis sur la sécurité de l’enfant, mais 75 % des jeunes suivis par la DPJ dans la région sont maintenus dans leur famille. « C’est tout le réseau qui se mobilise auprès de l’enfant. Le réseau communautaire, le CLSC, le réseau scolaire… Ça prend toute une équipe pour aider un enfant en situation de compromission et aider la famille à reprendre le chemin du développement sécuritaire et normal de l’enfant », conclut Mme Gallagher.

 

 

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