Près du tiers des signalements concernent les tout-petits

Par Karianne Nepton-Philippe 12:00 AM - 03 août 2017
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Sur les 904 signalements retenus par la DPJ en 2016-2017 sur la Côte-Nord, 285 concernent des enfants de 0 à 5 ans. « Le tiers des enfants suivis en protection de la jeunesse sur la Côte-Nord sont des enfants de 0 à 5 ans », indique la directrice de la protection de la jeunesse de la Côte-Nord, Marlene Gallagher.

Une situation préoccupante, puisque « les 0 à 5 ans sont notre clientèle la plus vulnérable. Ils dépendent à 100 % de la réponse des adultes à leurs besoins pour leur sécurité. […] C’est le départ d’un enfant dans la vie ».

Selon la directrice de l’Observatoire des tout-petits, Fannie Dagenais, qui vient de publier un rapport sur la maltraitance à l’échelle provinciale, la période de 0 à 5 ans est cruciale pour le développement de l’enfant. « La maltraitance a des conséquences sur l’ensemble des facteurs de développement qui sont persistantes tout au long de la vie de l’enfant jusqu’à l’âge adulte », insiste-t-elle.

Négligence

Comme ailleurs au Québec, la négligence est la cause la plus fré-quente des signalements sur la Côte-Nord. Plus de la moitié (56 %) des tout-petits suivis par la DPJ dans la région le sont pour des cas de négligence ou risque sérieux de négligence.

Tout comme les abus, la négligence a un impact majeur sur le développement des tout-petits. « Quand tu ne sais jamais quand tu vas être pris, quand tu vas manger, ça crée un stress important qui a un impact sur le développement du cerveau », souligne Mme Gallagher.

Au Québec, la deuxième cause la plus fréquente de signalement est formée par les abus physiques, mais sur la Côte-Nord, ce sont plutôt les mauvais traitements psychologiques (16 %) qui occupent cette position. Dans la région, les abus physiques viennent en troisième place, tandis que ce sont les mauvais traitements psychologiques qui arrivent au troisième rang au Québec.

Si la sévérité de la maltraitance tend à diminuer depuis 2008, la proportion des tout-petits qui sont victimes de maltraitance à plusieurs reprises est en augmentation (65 % en 2008 à 72 % en 2014). « C’est quelque chose qui doit nous inquiéter », croit Mme Dagenais.

Augmentation

Autre point préoccupant : le nombre de signalements reçus et retenus est à la hausse, tant dans la région qu’à travers le Québec. Les signalements jugés fondés ont en effet bondi de 27 % dans la province depuis 2007-2008. En 2015-2016, la Côte-Nord avait constaté une hausse de 16 % des signalements reçus, avant de retomber à une augmenta-tion plus « normale », autour de 1 %, pour 2016-2017.

Pour la directrice de l’Observatoire des tout-petits, cette situation peut s’expliquer « en partie du fait que les gens signalent davantage », ce qui est une bonne chose, mais plusieurs autres facteurs entrent aussi en jeu.

« Il y a des conditions dans lesquelles vivent les tout-petits qui favorisent les gestes de maltraitance : la condition socioéconomique, une famille monoparentale, un stress élevé de conciliation travail-famille, des problèmes d’anxiété ou de dépression, etc. », indique Fannie Dagenais.

« Sur la Côte-Nord, on a 17 % de nos familles dans une situation d’instabilité financière. Au départ, on vient d’augmenter un facteur de risque pour les enfants », renchérit Marlene Gallagher.

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