Être proche aidant au temps du coronavirus

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Par Johannie Gaudreault - Initiative de journalisme local
Être proche aidant au temps du coronavirus
Ma grand-mère Rosella Tremblay, est proche aidante depuis plus de sept ans auprès de mon grand-père, Jean-Louis Michaud.

Ma grand-mère est une proche aidante, et malheureusement pour elle, elle a 73 ans. Dévouée à son mari comme bien d’autres, elle prend soin de lui jour après jour avec plaisir et amour. Mais, les services du CLSC et d’organismes locaux lui permettent de se changer les idées et de penser à elle, quelques heures par semaine.

Au temps du coronavirus, elle refuse ces services par conscience sociale. « Elle rentre dans chaque maison, je ne veux pas prendre de chance », m’a-t-elle confié.

Elle est confinée à résidence. Une méthode de prévention plus que respectable, bien sûr, mais anxiogène pour ma proche aidante favorite.

Ma grand-mère est renfermée à l’année longue depuis sept ans. Atteint de démence, mon grand-père ne peut rester seul. Même pas le temps d’une commission ni d’un rendez-vous chez la coiffeuse.

À Noël, 30 minutes après son arrivée, il regarde sa montre. Il veut rentrer chez lui. Parce que chez lui c’est sécurisant, c’est sa routine.

Mais ma grand-mère, elle voudrait profiter de ce temps privilégié avec sa famille. Elle est prise entre deux feux, mais elle choisit toujours le même et ce n’est pas le sien.

À mesure que les années ont passé, elle s’est munie de services de gardiennage, d’infirmerie à la maison, de soins de toilette, pour avoir du temps pour reprendre son souffle.

Elle va jouer aux cartes à la FADOQ, participer aux activités du CAB Le Nordest, faire des commissions à l’épicerie, tout pour sortir de sa maison.

« Même quand il fait tempête, je sors pareil. J’ai besoin de prendre l’air », m’a-t-elle dit un jour. C’est là que je me suis rendue compte que sa partie de cartes, ce n’était pas ça qui lui importait, c’était juste de respirer hors de ses quatre murs.

En ce temps de crise, on oublie les sorties non essentielles, on oublie la visite de ses petits-enfants, on oublie le placotage à l’épicerie avec de vieilles connaissances, on oublie tout ce qui peut nous faire oublier que notre occupation principale est de prendre soin de notre mari.

On demeure à la maison, on pense en premier lieu à notre santé physique, et la santé mentale, elle prend le bord. Il nous reste le téléphone, l’Internet, pour ceux qui savent l’utiliser, la télévision et le journal pour prendre des nouvelles de notre famille et de la pandémie.

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