Guerre de coqs à Forestville?

Par 12:00 AM - 16 février 2017
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Baie-Comeau – Ceux qui empruntent régulièrement la route 138 entre Baie-Comeau et Tadoussac l’auront remarqué : l’essence ordinaire est toujours moins chère à Forestville et aux Escoumins, souvent de plusieurs cents le litre, par rapport à Baie-Comeau. Pourquoi?

« C’est pas nous qui sommes trop hauts! C’est ailleurs qu’ils ne sont pas assez hauts », clame le propriétaire du dépanneur Daka de Baie-Comeau, Jacques Bérubé. Selon lui, si les prix sont si bas à Forestville, c’est parce qu’il s’y joue une « guerre de coqs » entre les grandes bannières. Une information que confirme Stéphane, un commerçant indépendant de Baie-Comeau qui a préféré garder l’anonymat. « Ce sont les gros qui se tapent dessus. Ils ont le pouvoir d’accoter », souligne-t-il. En effet, à Forestville, la propriété des essenceries est répartie entre Couche-Tard, Ultramar et Pétro-Canada, soit une grande bannière indépendante et deux corporatifs. Questionnées par Le Manic , Couche-Tard et Ultramar ont indiqué qu’elles ne commentaient pas les prix de l’essence.

La différence

Outre la situation évoquée par les commerçants baie-comois, quelques autres facteurs peuvent influencer la tolérance des stations-service de Forestville à des marges plus basses.

« Quand les prix diffèrent, il faut toujours se poser la question : qu’est-ce qui fait la différence dans ce marché-là? Ça peut être la situation géographique, deux commerces qui se font la guerre ou l’arrivée d’un nouveau commerce », indique pour sa part Carol Montreuil, vice-président de l’Association canadienne des carburants.

Concernant la situation géographique, il faut prendre en compte le fait que les essenceries forestvilloises sont situées sur la route 138, seule voie routière d’envergure de la région, empruntée par les camionneurs et les voyageurs. Ainsi, il est possible qu’elles vendent une quantité de litres significativement plus élevée par année que les stations de Baie-Comeau.Par ailleurs, plusieurs de ces stations sont jumelées non seulement avec un dépanneur, mais aussi avec un service de restauration rapide, ce qui, selon les données présentées par la Régie de l’énergie dans son Portrait du marché québécois de la vente au détail d’essence et de carburant diesel, peut expliquer une tolérance à des marges de détail sur l’essence moins élevées. En effet, ce type d’essencerie compte moins sur l’essence seule pour faire ses profits.

Les Escoumins

La situation prévalant aux Escoumins est semblable à celle de Forestville, puisque les deux principales essenceries sont possédées par Pétro-Canada et Ultramar. Plusieurs affirment également que le fait qu’une station-service soit installée sur le territoire de la réserve innue d’Essipit joue également à la baisse sur les prix.

Il faut toutefois savoir que si un autochtone qui achète de l’essence sur une réserve pour sa propre consommation est exempté de payer la taxe sur les produits et services (TPS) et la taxe de vente du Québec (TVQ), un non-autochtone qui acquérait du carburant sur une réserve serait tenu de payer ces taxes. Rappelons que dans le domaine de l’essence, la TPS et la TVQ sont généralement incluses dans le prix affiché à la pompe.« L’exploitant d’une station-service située sur une réserve doit remettre à Revenu Québec la TVQ et la TPS perçues sur ses ventes de carburant à des non-Indiens. Cet exploitant doit aussi percevoir la taxe sur les carburants lors de ses ventes à des non-Indiens », indique la porte-parole de l’Agence du revenu du Canada, Julie Pronovost, spécifiant que Revenu Québec perçoit la TPS pour le compte de l’Agence.

Par ailleurs, selon l’Agence du revenu du Canada, la perception de la taxe d’accise fédérale (10 cents le litre) est effectuée au niveau du manufacturier/fabricant. « Donc, celle-ci est déjà perçue quand l’essence est livrée chez le détaillant, qu’il soit sur réserve ou hors réserve », précise Mme Pronovost.

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